Allégorie sur l’état de la France avant le retour du général Napoléon Bonaparte (1769-1821) d’Egypte

Jean-Pierre Franque, 1810

tableau

Moïse dit à Dieu : « Qui suis-je pour aller trouver Pharaon, et pour faire sortir d’Égypte les fils d’Israël ? » Dieu lui répondit : « Je suis avec toi. » 

(Livre de l’Exode 3,11-12a) 

ENTRÉE

L’artiste Jean Pierre Franque (1774-1860), peintre et graveur, fut assistant de Jacques Louis David. En 1810, il est à la recherche de sa propre notoriété et entend honorer Napoléon alors au pouvoir. Il choisit d’évoquer, voir même de justifier à-posteriori la prise de pouvoir du jeune Bonaparte lors de son retour précipité de la campagne d’Egypte en 1798.

 

LECTURE DE L’OEUVRE

A droite du tableau, en arrière-plan, les pyramides évoquent la campagne d’Egypte. Tandis qu’au premier plan, représenté, sous un arbre au seuil de son bivouac, le général sort d’un songe. Levant la main, il saisit son épée et se prépare à l’action. Sans doute a-t-il pris conscience de l’état pitoyable de la France et se dispose-t-il à faire face aux défis immenses du pays en plein tourment.

Le rêve est dépeint, à gauche, sous forme allégorique. Une jeune femme éplorée tend la main vers Napoléon. Menacée par plusieurs personnages fantomatiques qui la cernent, elle appelle un sauveur : elle symbolise la France en prise à de grandes difficultés. Symboles de ses ennemis extérieurs et intérieurs, des figures imaginaires et nébuleuses brandissent épée, couteaux et flambeaux, alors que sont gaspillées des pièces d’or, qu’une colonne se renverse et que les tables de la Loi, allusion à Moïse libérateur, sont à terre.

Toute l’œuvre est traversée par une lumière et un souffle venant du ciel : ce rêve serait-il pour le général, l’aube d’un destin héroïque ou même l’expression d’un message divin ? Ou alors l’émergence d’une forte ambition nourrie de toute-puissance ?

ECHO SPIRITUEL

Dans le livre de l’Exode, Dieu envoie Moïse au secours de son peuple. Mais à la différence du Napoléon représenté ici, Moïse se sent bien petit et démuni pour une telle mission.

Comment discerner entre l’expression d’une ambition démesurée ou trop personnelle, marquée par l’ambiguïté des motivations, et une ambition authentique, un désir légitime de progresser, de réussir, de se dépasser ? Nos belles générosités peuvent parfois dissimuler une soif de reconnaissance ou le secret orgueil de notre cœur.

Pour éclairer nos décisions, Dieu ne refuse pas son aide, sa lumière et sa force à qui le lui demande. Il nous libère de nos propres contradictions, pour être capable de répondre à son appel.